Sir winston

’’No sport’’. Sir Winston Churchill, 1874-1965 avait quelques vices rédhibitoires dont celui du cigare et celui du whisky.  Et pourtant, il faisait l’admiration de tous pour son air jovial et sa visible bonne santé. A 80 ans, 10 ans avant sa mort donc, il avait été questionné par un journaliste qui prétendait percer le secret de sa forme. Sir Winston  avait alors répondu par ces deux mots, en guise de boutade provocatrice, réponse qui est restée, curieusement surtout en France, comme une condamnation cinglante de la pratique du sport. Pour rappeler qu’il était plus british que british et qu’il plaisantait bien, il aurait ajouté en explication : ’’Mes bons repas engourdissent les microbes, le tabac de mes cigares les asphyxie et l’alcool leur donne le coup de grâce.’’

Avant de revenir sur ce qu’il a réellement déclaré et qui est très différent, commencez par vous détromper : l’illustre héros de la Seconde Guerre Mondiale, Prix Nobel de Littérature en 1953 n’a pas été le seul à mettre en garde contre les effets négatifs de la pratique du sport.

Par exemple, un autre ressortissant de ces contrées qui forment la Grande Bretagne, l’a également vouée aux gémonies.  Georges Bernard Shaw, 1856-1950, critique musical et dramaturge irlandais, essayiste, scénariste, et auteur célèbre de pièces de théâtre à l’humour acerbe, a déclaré pour sa part, avec un humour décuplé :

’’Le seul sport que j’ai jamais pratiqué, c’est la marche à pied, quand je suivais les enterrements de mes amis sportifs.’’

Ben à la réflexion, il n’a pas tort, cet Irlandais qui vécut 94 ans, bon pied, bon œil … La preuve ? Je la trouve quant à moi, dans le spectacle inouï dont je me régale chaque jour lorsque, en fin d’après-midi, je vais faire, sur injonction de mes médecins, une paisible marche d’une petite heure, dans le bois avoisinant mon domicile. Cette durée de la marche m’a été fixée par mes médecins et présentée comme l’exercice physique nécessaire et suffisant auquel il faille astreindre son corps, tous les jours.

Il me faut d’abord vous informer que les problèmes dont voudraient me soulager mes gentils médecins ressemblent un peu, comme tant d’autres choses dans ma vie, à la quadrature du cercle : je suis impérieusement invité à faire du sport quotidiennement, sous peine que ne m’assaillent des choses bien peu sympathiques. Mais parallèlement, je dois prendre grand soin de ne jamais me fatiguer ! Simple, non ? En tout état de cause … ’’pluie ou bourrasque, il faut que je sorte, il faut que j’aille, car mon corps en a besoin » …

Je marche donc paisiblement à travers bois, et c’est toujours un plaisir que ce moment de rêverie solitaire durant lequel je me prends pour Jean-Jacques Rousseau et comme lui, refais le monde. Il pourrait durer bien davantage, cela ne me dérangerait nullement. La seule chose qui me fatigue dans l’exercice, ce sont les convulsions de rire que provoquent en moi le spectacle des autres, sportifs chamarrés et très sérieux, alertes ou  poussifs, vindicatifs, compétitifs, compulsifs et proprioceptifs. Il y en a de tous les genres, de tous âges, de tous les poids, mais pas un seul qui, comme mézigue, croit qu’il soit d’un quelconque bienfait de se promener sereinement, et que l’objectif de la marche n’est pas de se fatiguer ou devenir champion olympique mais bien plus modestement, de faire fonctionner son corps pour le maintenir en bon état de marche en lui permettant simplement de vivre et de vivre bien …  Naturellement.

Cette mode insensée du sport-repentir n’a aucun intérêt pour les gens doués d’un minimum de raison. Resté posé dans son coin comme un gros tas de viande en cours de faisandage est inique, certes, mais le but du sport ne doit pas davantage être appréhendé comme l’expiation d’une vie déréglée, d’une alimentation insane et d’un  laisser-aller coupable. La recherche de la performance est puérile et le sport de haut niveau est un métier à part entière et soyez-en assurés, la société est organisée pour en reconnaître en vous ou en vos enfants, les dons.

Tout sport qui provoque la douleur, n’en déplaise aux ’’coaches’’ peu doués est potentiellement dangereux et en tout cas dans l’erreur. Écoutons ces extraits d’un passionnant article de Didier Laurens, Dr en philosophie, sociologue et journaliste, paru en mai 2012 sur l’excellent site :

http://www.scienceshumaines.com/le-sport-nuit-il-a-la-sante_fr_13813.html, sous le titre provocateur de : ’’Le sport nuit-il à la santé ?’’

… ’’Mais (le sport) est-il aussi favorable au bien-être, physique et psychologique, qu’on le pense spontanément ? Face à l’augmentation des traumatismes physiques liés à une pratique de plus en plus intensive, certains spécialistes du sport ont récemment tiré la sonnette d’alarme. Le médecin du sport Stéphane Cascua adopte un ton volontiers provocateur dans son livre Le sport est-il bon pour la santé ? On y apprend que le sport peut être dangereux pour le coeur : chaque année, l’effort provoque le décès brutal de 1 500 sportifs ! La cause en est une mort subite dont le mécanisme est lié, dans 85 % des cas, à une maladie coronarienne (pour laquelle il y a des sujets à risques qu’il faut dépister).

L’exercice physique peut se montrer aussi redoutable pour les vaisseaux sanguins : à l’effort maximal, les plus petits peuvent se rompre en cas d’anomalie vasculaire ou d’hypertension artérielle méconnues. De même, l’appareil locomoteur peut subir l’accumulation de contraintes mécaniques : c’est la fracture de fatigue, l’usure du cartilage ou l’arthrose, favorisée par une distension ou une rupture ligamentaires. S. Cascua affirme également que « le dos se bloque face au sport » ou encore que « l’intestin digère mal le sport » ; de même, une pratique sportive intense peut perturber les hormones. On prend également conscience aujourd’hui que même le sport ludique, pratiqué simplement pour le plaisir, n’est pas forcément bénéfique à la santé : les risques surviennent surtout lorsque la pratique est trop ponctuelle ou, à l’inverse, trop intensive.

En fin de compte, le sport n’est vraiment bénéfique que s’il s’inscrit dans une « une pratique régulière, modérée et diversifiée » qui s’intègre dans une hygiène de vie globale. Le message subliminal qu’il faut ici entendre est que le médecin du sport aurait le pouvoir de transformer, grâce à ses conseils, une pratique occasionnelle risquée en une pratique bénéfique pour la santé. Conseils qui tombent à point puisque les maladies cardiovasculaires sont encore les principales causes de décès dans les pays développés. Parmi les facteurs favorisants, le tabagisme et l’obésité : 5,3 millions de Français (soit 11,3 %) sont obèses, dont 250 000 personnes atteintes d’obésité massive ; en 1992,170 000 décès furent causés par l’obésité, soit plus que les accidents de la route et le sida réunis. 18 % des enfants de 6 à 9 ans affichent un surpoids et 3,8 % souffrent d’obésité. Or, l’individu qui pratique le sport a tendance à limiter ces facteurs en soignant son hygiène de vie. Une autre prescription médicale de la pratique sportive concerne les personnes âgées. Leur proportion dans la population augmentant, l’objectif vise à accroître l’espérance de vie sans incapacité. Dans ce cadre, la pratique d’une activité physique – à condition qu’elle soit régulière et modérée – tient une place prépondérante’’

Il faut donc que le sport soit intégré dans le quotidien des gens, et ce n’est qu’à cette condition que certains peuvent y devenir brillants. Trois exemples :

bikila abebe

Parce que c’est une démonstration d’intelligence époustouflante, voici un extrait et l’arrivée du fameux marathon des JO de Rome. Son concurrent principal était le Marocain Abdeslem Radi, maillot n°185

Haile G.

Hicham el guerrouj

Un extrait de son combat de titans contre le précédent

Comme on le voit, ces enfants d’Afrique avaient des prédispositions certaines pour les courses de fond et demi-fond. Ils n’ont eu pour préoccupation – en toute logique, que de libérer leurs corps pour le laisser s’exprimer et performer. Attitude quelque peu différente de celle des adorateurs inconditionnels de la technologie et des consommateurs de Panurge.

A titre de comparaison, voici l’équipement dont s’encombrent les joggers ’’obédients’’ de cette religion du ’’tout technique’’, dont la diversité et l’ingéniosité font plier de rire l’ami mo’, cheminant benoîtement en inspirant de grandes goulées d’eucalyptus, doucement, pour ne pas se fatiguer. Pour que cette énumération soit moins lassante, je l’ai entrecoupée de citations sur le sport, pas piquées des hannetons…

lampe frontale

’’Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le  »fair play ». Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.’’  Georges Orwell, 1903-1950, critique, chroniqueur romancier anglais, auteur de 1984, roman-clé du XXème siècle dans lequel il a créé le concept de ’’big-brother’’ plus actuel que jamais, passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance de l’individu par ‘’les forces de l’ordre’’, n’a pas, comme on le voit, été plus tendre avec le sport .

bonnet et bandeau

« Il faut être un imbécile (…) pour s’imaginer qu’un cycliste (…) peut tenir le coup sans stimulant » Jacques Anquetil, 1934-1987, champion cycliste.

short

« La crétinerie est une qualité essentielle au tennis » Yannick Noah, 1960, champion de tennis franco-camerounais.

tee-shirt

« Le secret d’une bonne santé : la pratique raisonnée de tous les excès et l’abstention nonchalante de tous les sports. «  Curnonsky, 1872-1956, critique culinaire français.

ceinture multipoches

« Évitez soigneusement de faire du sport : il y a des gens qui sont payés pour ça. «  Stephen Leacock, 1869-1944, humoriste canadien

chaussettes et gants

‘’Les sportifs, le temps qu’ils passent à courir, ils le passent pas à se demander pourquoi ils courent. Alors, après on s’étonne qu’ils soient aussi cons à l’arrivée qu’au départ’’ ! Coluche, 1944-1986, humoriste français.

montre et écouteurs

’’Si tu es rapide au festin et lent à la course, mange avec tes pieds et cours avec ta bouche’’. Lucien, 120-180, philosophe grec.

protège-cuisse

Total des équipements : environ 1.300 Euros… pour aider vos gambettes à faire ce pourquoi on vous en a doté : marcher, courir … N’y a-t-il pas là quelque chose d’absurde ?

 «  Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes les manières de vivre celle qui est le plus à mon goût.’’ Jean-Jacques ROUSSEAU, 1712-1778, philosophe français.

Lorsqu’on n’a pas la chance d’être Winston Churchill ou Georges Bernard Shaw, que peut-on faire pour durer un peu en bonnes conditions ? C’est bien sûr en pratiquant un ou plusieurs sports comme dit plus haut, de façon raisonnée.

Je ne saurais, en aucune manière être un exemple, mais pour ma part, voici les activités physiques entre lesquelles je partage deux pleines heures de mon temps, chaque jour, qu’il gèle, qu’il pleuve ou qu’il vente :

natation

marche

qi gong

Mais c’est d’abord et avant tout en évitant une vie de patachon et en mangeant sainement que l’on reste en forme … Se taper un repas gargantuesque et se persuader que le lendemain on va éliminer les toxines accumulées en bousculant son cœur à le faire exploser est évidemment inutile, mais pire, nuisible. Et cela, on le sait depuis la nuit des temps. Il y a 2400 ans, Hippocrate conseillait déjà : ’’Que ton aliment soit ton premier médicament’’.

A ce qu’il appert, beaucoup ont entendu l’inverse et héritent tous leurs ennuis de leur nourriture…

Bof ! Tout le monde n’est pas perdant. Un proverbe chinois affirme que dans ce que nous mangeons, le tiers nous profite et les deux tiers profitent à nos médecins …

Revenons pour finir à la déclaration à rebrousse-poil de Sir Winston Churchill

Alors âgé de + de 80 ans et interrogé sur les raisons de sa longévité, il répondit : « no sport ». Il est plus que probable que le journaliste, non anglophone, ait compris de travers. Son biographe francophone, F. Kersaudy, rétablit ainsi cette citation : « Whisky, cigars, and low sports ». Sir Winston était en fait excellent nageur, redoutable cavalier, passionné de polo et ses nombreuses citations sur les bienfaits de l’équitation en témoignent. En anglais, ’’low sport’’ signifie ’’en quantité raisonnable’’, avec l’arrière nuance ’’sans exagération’’…

Disais-je autre chose ?

mo’

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