les migrants

L’imbécile est celui qui est privé du bâton – sur lequel s’appuie la raison – du latin imbecillus, faible de corps et ou d’esprit, formé de ‘’in’’, préfixe privatif et ‘’bacillus’’, bâton.

Qui, en ce bas-monde est assez imbécile pour désirer quitter son pays pour toujours sans y être contraint ou forcé ? N’oublions jamais qu’Adam a été ’’condamné’’ à venir vivre sur terre, exilé, chassé du Paradis pour faute originelle !

 »Le migrant quitte son pays d’origine pour venir s’installer durablement dans un pays dont il n’a pas la nationalité. Si le terme “immigré” favorise le point de vue du pays d’accueil et le terme “émigré” celui du pays d’origine, le vocable “migrant” prend en compte l’ensemble du processus migratoire. » (1)

La méfiance naturelle de l’homme fait de celui qui vient d’ailleurs, de l’étranger … ’’un rival potentiel et, s’il bénéficie des lois de l’hospitalité, il peut être aussi bien un messager de Dieu qu’une dangereuse incarnation diabolique.’’ (2)

En symbolique, l’étranger est celui dont ’’l’amour est ailleurs’’. Quand on lui demande, avec Baudelaire – dans le Spleen de Paris- ’’qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique ?’’ Il répond :’’ J’aime les nuages, les nuages qui passent … là-bas … les merveilleux nuages’’… Les nuages sont par essence de nature instable, confuse et indéfinie…

Le cygne, symbole de beauté et de calme, fuit le désordre, affolé, et il n’est pas le seul volatile dans ce cas.

Cygne

’’… Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique

Piétinant dans la boue, et cherchant, l’œil hagard,

Les cocotiers absents de la superbe Afrique

Derrière la muraille immense du brouillard;

 

À quiconque a perdu ce qui ne se retrouve

Jamais, jamais! à ceux qui s’abreuvent de pleurs

Et tètent la Douleur comme une bonne louve!

Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs!

 

Ainsi dans la forêt où mon esprit s’exile

Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor!

Je pense aux matelots oubliés dans une île,

Aux captifs, aux vaincus!… à bien d’autres encor!’’

in Le Cygne, Les Fleurs du Mal, écrit par Charles Baudelaire en hommage à Victor Hugo, exilé volontaire, lui, par haine de Napoléon III

L’exil et la migration, qu’est-ce donc ? …

Certains êtres humains, un beau jour, quittent leur terre, leur biotope, leur pays, leur famille et leurs amis, pour aller à travers monde, vers un ailleurs quelquefois rêvé et idéalisé, quelquefois supposé, et aussi quelquefois simplement pour ne plus être physiquement là où ils sont.

L’accueil ailleurs n’est jamais bien chaleureux même s’il est supporté par nécessité, voire par souci de conséquence lorsque cet étranger a été invité.

Comment oublierai-je que j’ai assisté, au début des années 70, à l’indécente cour que faisaient au Maroc les négriers –recruteurs des 30 glorieuses qui appelèrent tous ceux qu’aujourd’hui en Europe l’on soupçonne de tous les maux, à participer à la reconstruction de cette Europe qui avait besoin de la sueur de leurs fronts et de la force de leurs bras ?

N’aurai-je donc rien appris à l’école qui pût me permettre de comprendre où réside le véritable problème de tous les migrants de la planète, et dans quel but on l’instrumentalise de façon aussi indécente dans toutes les chapelles ?

Ecoutons le trublion et très controversé Thierry Meyssan, qui, dans le cadre du Réseau Voltaire, s’évertue à rétablir des vérités repoussées par confort par la majorité des gens, mais dont on conviendra que, comme Le Canard Enchaîné – mais sans l’humour- il s’appuie sur de fabuleuses sources d’information. Dans un article du 7 septembre 2015, on peut lire :

’’La fausse crise des réfugiés’’

’’Depuis le « Printemps arabe », en 2011, le nombre de personnes tentant de traverser la Méditerranée et d’entrer dans l’Union européenne a considérablement augmenté. Il a plus que doublé et s’est élevé en 2014 à 626 000.

Cependant, contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas là d’une vague nouvelle et ingérable. En 1992, alors que l’Union ne comprenait que 15 des 28 États actuels, elle en recevait plus encore : 672 000 pour 380 millions d’habitants. Il existe donc une marge considérable avant que les migrants ne déstabilisent l’économie européenne et ses 508 millions d’habitants actuels.

Ces migrants sont pour plus de deux tiers des hommes. Selon leurs déclarations, plus de la moitié d’entre eux ont entre 18 et 34 ans. En général, il ne s’agit donc pas de familles.

Contrairement à l’idée actuellement répandue par les médias, moins d’un tiers seulement sont des réfugiés fuyant des zones de guerre : 20 % sont des Syriens, 7 % des Afghans, et 3 % des Irakiens.

Les deux autres tiers ne proviennent pas de pays en guerre et sont principalement des migrants économiques.

En d’autres termes, le phénomène des migrations n’est que marginalement lié au « Printemps arabe » et aux guerres. Les pauvres quittent leur pays et tentent leur chance dans les pays riches en vertu de l’ordre postcolonial et de la globalisation. Ce phénomène, après avoir régressé de 1992 à 2006, a repris et s’amplifie progressivement. Il ne représente actuellement que 0,12 % annuel de la population européenne, soit —s’il est correctement géré— aucun danger à court terme pour l’Union.

Merkel Grillo

Le président de la Fédération de l’industrie allemande, Ulrich Grillo, souhaite 800 000 travailleurs étrangers supplémentaires en Allemagne. Les accords européens l’interdisant et l’opinion publique y étant hostile, il participe à la mise en scène de la « crise des réfugiés » pour faire évoluer la réglementation.

Les migrants posent-ils un problème ?

Ce flux de migrants inquiète les populations européennes, mais est célébré par le patronat allemand. En décembre 2014, le « patron des patrons » allemands, Ulrich Grillo, déclarait à DPA en masquant hypocritement ses intérêts derrière de bons sentiments : « Nous sommes depuis longtemps un pays d’immigration et nous devons le rester ». « En tant que pays prospère et aussi par amour chrétien de son prochain, notre pays devrait se permettre d’accueillir plus de réfugiés ». Et encore : « Je me distancie très clairement des néonazis et des racistes qui se rassemblent à Dresde et ailleurs ». Plus sérieux : « En raison de notre évolution démographique, nous assurons de la croissance et de la prospérité avec l’immigration ».

Ce discours reprend les mêmes arguments que ceux du patronat français des années 70. Plus encore aujourd’hui, les populations européennes sont relativement éduquées et qualifiées, tandis que la grande majorité des migrants ne le sont pas et peut facilement occuper certains types d’emplois. Progressivement, l’arrivée d’une main d’œuvre non-qualifiée, acceptant des conditions de vie inférieure à celles des Européens, suscita des tensions sur le marché du travail. Le patronat français poussa alors au regroupement familial. La Loi de 1976, son interprétation par le Conseil d’État en 1977 et la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’homme ont largement déstabilisé la société.

Le même phénomène est observable en Allemagne depuis l’adoption des mêmes dispositions avec l’inscription, en 2007, du regroupement familial dans la loi sur l’immigration

Contrairement à une idée reçue, les migrants économiques ne posent pas de problème d’identité en Europe, mais manquent dans leur pays d’origine. Par contre, ils posent un problème social en Allemagne où, du fait de la politique insufflée notamment par Ulrich Grillo, la classe ouvrière est déjà victime d’une exploitation féroce

Partout ailleurs, ce ne sont pas les migrants économiques, mais le regroupement familial ultérieur qui pose problème.

Qui fabrique l’image actuelle de « crise des réfugiés » ?

Depuis le début de l’année, le passage de la Turquie à la Hongrie, qui coûtait 10 000 dollars, a baissé à 2 000 dollars par personne. Certes certains passeurs sont des esclavagistes, mais beaucoup cherchent simplement à rendre service à des personnes en détresse. Quoi qu’il en soit, qui paye la différence ?

Par ailleurs, si au début de la guerre contre la Syrie, le Qatar imprimait et distribuait aux jihadistes d’al-Qaïda de faux passeports syriens pour qu’ils puissent convaincre les journalistes atlantistes qu’ils étaient des « rebelles » et non des mercenaires étrangers, de faux passeports syriens sont aujourd’hui distribués par certains passeurs à des migrants non-syriens. Les migrants qui les acceptent pensent à juste titre que ces faux papiers faciliteront leur accueil dans l’Union. En effet, les États membres de l’Union ayant fermé leurs ambassades en Syrie —sauf la République tchèque et la Roumanie—, il ne leur est pas possible de vérifier l’authenticité de ces passeports.’’…

Thierry Meyssan (3)

Partout dans le monde, l’on crie donc ’’Sus aux migrants’’, lesquels sont, dans l’écrasante majorité des cas, de pauvres hères – victimes encombrantes- dont personne ne veut sérieusement ! Promenons-nous à travers ce monde :

Salmane Saoud

  • L’Arabie Saoudite, et les autres Pays du Golfe, si prompts à diffuser leurs visions du monde, n’ont accueilli aucun migrant syrien, craignant de politiser leurs sociétés et de créer ainsi une rhétorique qui les rendrait revendicatrices, préfèrent s’abstenir d’accueillir le moindre réfugié et compense par une certaine générosité pécuniaire en faveur des associations humanitaires.

Lars Lokke

  • Le Danemark entérine sa réforme du droit des étrangers qui vise à rendre le pays le moins attractif possible pour les candidats à l’asile. Au prix d’entorses très critiquées aux conventions internationales.

Donald Trump

  • Aux Etats-Unis, l’imprévisible et choquant candidat à l’investiture républicaine, Donald Trump, séduit de plus en plus d’Américains en faisant de l’immigration un des axes majeurs de sa campagne, incitant à la polémique avec ses remarques de plus en plus provocantes. Extrait de son ‘’programme’’ :
    • Il veut renvoyer chez eux tous les ‘’mauvais Mexicains’’ et obliger leur Pays à construire un mur pour séparer le Mexique des USA.
    • Il veut se débarrasser des Noirs (?)
    • Il veut interdire l’accès aux USA à tout nouveau Musulman et bannir beaucoup de ceux qui y sont déjà.
    • Morceau choisi de ses citations : ‘’Les seules personnes que je veux voir compter mon argent sont des hommes petits portant la kippa tous les jours. »

Et ça, ça se présente à la Présidence du Pays le plus puissant de la Planète,  économiquement et militairement!

Marine Le Pen

  • En France Marine Le Pen, le leader du mouvement populiste et raciste dénommé Front National, le FN, qui réalise des scores ahurissants à toutes les élections, suggère de lancer le signal que la France – Pays des Droits de l’Homme, n’accueillera aucun réfugié pour couper toutes les pompes de l’immigration, sinon les Français seront submergés.

Viktor Orban

  • La Hongrie, va construire un mur de barbelés de 175 km le long de sa frontière avec la Serbie voisine. En septembre dernier on y a voté une loi qui criminalise les passages illégaux de la frontière et augmente les pouvoirs de l’armée : le premier affiche avec une fermeté grandissante une politique anti-immigration sans complexe.

Shenzo ABE

  • Le Japon n’est pas décidé à ouvrir ses îles aux demandeurs d’asile. En 2015, seuls 27 d’entre eux ont obtenu le statut de réfugié. Une goutte d’eau pour un pays de plus de 125 millions d’habitants, et qui a vu son nombre de demandes d’asile croître à 7586 en 2015.  Résultat: 99% des demandes déposées ont été refusées.

Robert Fico

  • En Slovaquie, le leader politique Robert Fico fait du refus catégorique d’accueillir des migrants syriens et de la surveillance de « chaque musulman » résidant, les axes forts de sa campagne électorale.

Stefan Lofven

  • La Suède veut même expulser jusqu’à 80 000 migrants dont la demande d’asile a été ou sera rejetée. Le gouvernement a demandé à la police et à l’Office des migrations d’organiser ces retours. Les expulsions s’effectuent habituellement sur des vols commerciaux, mais, compte tenu des nombres évoqués, des avions charters seront spécialement affrétés.

Ce tableau de la honte est hélas bien loin d’être exhaustif. Ne parlons pas des enragés de quelques autres parts de ce monde, eux-mêmes pillards honteux et génocidaires qui ont raflé par les armes des territoires-continents sans que personne y trouve à redire et qui, aujourd’hui poussent des cris d’orfraies à la simple vue d’un ’’étranger’’.

Serait-ce une consolation que de rappeler la longue litanie des déportations – déplacements de masse de diverses populations- à travers l’Histoire ? Même si le statut précis des faits listés ci-dessous est sujet à discussions parmi les historiens et les juristes en raison de l’arrivée ou de la découverte continue de nouvelles archives, preuves et documentations, ils sont perçus comme des « déportations historiques » par les descendants des survivants ou par les groupes qui s’en revendiquent culturellement. Voici une quarantaine de ces faits, infiniment plus nombreux, en réalité, bien évidemment[] :

  1. Déportation des Israélites du Royaume d’Israël par les Assyriens en 700 A.C. ;
  2. Déportation des Juifs du Royaume de Juda par les Babyloniens, en 600 A.C. ;
  3. Déportations des Lètes, membres de certaines tribus germaniques et iraniennes vaincus sous l’Empire Romain en 300;
  4. Déportation des Juifs de Judée par les Romains en 700 ;
  5. Déportation des Indiens de la moyenne vallée du Gange vers l’Afghanistan au XIe siècle par les Turcs ;
  6. Déportation de Noirs africains vers les états musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient aux IXe ;
  7. Déportation des Juifs d’Espagne en 1492 ;
  8. Déportation des Mitamacs vaincus sous l’empire Inca au XVIème siècle ;
  9. Expulsions répétées des Juifs d’Europe durant le Moyen Âge ;
  10. Expulsion des Morisques d’Espagne en 1614 ;
  11. Expulsions répétées des Roms tout au long de leur migration de l’Inde vers l’Europe ;
  12. Déportation de Noirs Africains vers des colonies européennes à partir du XVIIe siècle ;
  13. Déportation des Acadiens par les Britanniques à partir de 1755 ;
  14. Déportation des Nord-Amérindiens vers l’Ouest à partir de 1829 ;
  15. Déportation des Garifunas – Afro-Amérindiens – de l’île Saint-Vincent vers l’Amérique centrale par les forces d’occupation française au début du XIXème siècle ;
  16. Déportation de 90% des Polynésiens de l’île de Pâques vers les îles Chincha pour des travaux forcés en 1861;
  17. La déportation-extermination des Hereros – peuple d’Afrique Australe – par les Allemands, en 1904 ;
  18. Déportation des Abés de Côte d’Ivoire, déclenchée par leur révolte de 1910, vers divers pays africains sous domination française, de 1910 à 1916;
  19. Déportation-extermination de 1,2 million d’Arméniens par l’Empire ottoman, en 1915-1916 ;
  20. Déportation de travailleurs belges et français, dite « déportation civile » ou « déportation du travail » (en opposition à la « déportation politique ») en 1916 ;
  21. Déportation après le traité de Lausanne en 1923 de plus de 1,5 million de Chrétiens d’Anatolie vers les Balkans et de près de 460 000 musulmans des Balkans vers la Turquie en 1925 ;
  22. Déportation de plus de 100 000 Alsaciens et Lorrains germanophones vers l’Allemagne, et de 1,5 million d’Allemands des anciens territoires allemands en 1919 ;
  23. Déportation de divers groupes de citoyens soviétiques vers des camps d’internement durant la « Terreur Rouge » et les « Grandes Purges » vers 1930 ;
  24. Déportation en Europe au XXème siècle des Juifs, des Tsiganes, des résistants, des opposants politiques et des homosexuels par les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale  à partir de 1939 ;
  25. Déportation par les nazis de plus de 8 millions de travailleurs civils européens, pour le travail forcé dans l’industrie de guerre allemande, de 1942 à 1945 ;
  26. Déportation collective de groupes ethniques soviétiques, proches des frontières annexées à la suite du Pacte germano-soviétique en 1944 ;
  27. Déportation de Japonais, d’Américains d’origine japonaise et d’Américains aux ancêtres nippons aux USA en dehors de la côte ouest vers des camps d’internement du Middle-West pendant la seconde guerre mondiale en 1942 ;
  28. Déportation des habitants finlandais de la Carélie par les Soviétiques après la guerre d’Hiver en 1941
  29. Déportation de populations non-russes ou non-ukrainiennes des territoires annexés par l’Union soviétique à la suite des Accords de Yalta en 1945 ;
  30. Déportation d’environ 14 millions d’Allemands de diverses provinces, à la suite de la défaite allemande, avec plus de 600 000 morts ;
  31. Déportation des résidents des îles Bikini en 1946 pour faire place aux essais nucléaires des États-Unis ;
  32. Déportations de populations lors de la partition des Indes entre l’Inde et le Pakistan en 1949 ;
  33. Expulsions répétées d’une partie des populations arabes palestiniennes par les forces israéliennes et des populations juives des pays arabes pendant et suite aux guerres et conflits israélo-arabes dans la seconde moitié du XXème siècle et jusqu’à nos jours ;
  34. Expulsion de la grande majorité des citoyens turcs de culture grecque d’Istanbul en 1955 ;
  35. Déportation d’énormes groupes de citoyens chinois pendant la « Révolution Culturelle » et le « Grand Bond en avant » en 1960 ;
  36. Déportation des résidents des îles Diego Garcia pour faire place à une base maritime des États-Unis en 1971 ;
  37. Expulsion de la quasi-totalité des Chypriotes grecs de la partie nord de leur île lors de l’invasion de Chypre par le Turquie en 1974 ;
  38. Déportation à la campagne de la quasi-totalité des citadins cambodgiens du Cambodge par le régime Khmer rouge en 1975;
  39. Déportation de 350 000 Marocains par l’Algérie en 1975 ;
  40. Expulsions répétées des chrétiens irakiens et syriens et des Yézidis dans le cadre des guerres civiles de Syrie et d’Irak à partir de 2011. (4

Après l’Historien, interrogeons le Sociologue :

changer de regard

  1. Loin d’être nouvelle, l’idée que les étrangers seraient une charge pour la société et un danger pour la cohésion nationale revient en force. Alors que la crise économique frappe les foyers les plus modestes et que l’Europe est en proie à une forte poussée xénophobe, l’étranger fait peur. À moins que ce ne soit sa pauvreté qui effraie, reflet de nos angoisses et de notre égoïsme. Il est vrai qu’on a rarement vu la même sourde hostilité se manifester à l’égard des Australiens ou des Suédois… Les autres migrants, eux, sont projetés sans retenue au centre de nos débats politiques ou électoraux, bien souvent objets de manipulations perverses, dans un climat populiste et volontairement stigmatisant.
  2. La migration n’est jamais présentée comme une opportunité ou une richesse, qui profite non seulement à celui qui migre, mais aussi au pays de départ et à celui qui l’accueille. Tout au long de la récente campagne présidentielle française, l’étranger a tenu le rôle du bouc émissaire, tour à tour responsable de nos déficits sociaux, profiteur du système, éloigné de notre culture et nos valeurs.
  3. La question migratoire est pourtant bien plus complexe qu’un titre racoleur dans les journaux ou une déclaration politique de circonstance. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre. Il y a des faits, des vies tragiques et des histoires humaines, des impasses souvent. Il y a des solidarités assumées, à revendiquer parfois, des arbitrages économiques aussi, et des réalités géopolitiques. Mais n’oublions jamais qu’on ne quitte pas son pays par plaisir. On le fait pour survivre, pour sortir de la pauvreté, trouver un poste inaccessible chez soi, acquérir une formation, offrir un avenir à ses enfants. On le fait dans l’espoir d’une vie meilleure, pour ne jamais revenir, mais le plus souvent pour retrouver son pays, fier de sa réussite. Pourquoi les deux millions de Français travaillant ou étudiant à l’étranger seraient-ils des expatriés modèles quand les 6,7 millions d’immigrés vivant en France – en situation régulière dans leur majorité – seraient de simples abuseurs de nos dispositifs sociaux ? Si la France est riche, elle le doit en partie à cette immigration, qu’elle soit imposée ou choisie. Il ne faut jamais l’oublier.
  4. Pourtant, depuis trente ans, depuis que le monde est devenu un espace de libre circulation des hommes et des biens, notre société est incapable de proposer une position cohérente et innovante sur l’immigration. Les chiffres de reconduite aux frontières brandis chaque année par le ministère de l’Intérieur, comme autant de témoins de l’efficacité d’une politique de contrôle des flux migratoires, n’ont aucun sens : tous les experts en dénoncent l’inefficacité et le coût démesuré qu’ils impliquent. Voilà nos politiques incapables de penser l’Autre, le migrant, comme légitime dans ses aspirations, préférant le criminaliser et le reléguer dans des espaces de transit, de rétention ou d’exclusion urbaine, des espaces de non-droit et de violences.

  1. Comment analyser cette volonté de contrôler et d’expulser alors qu’il serait préférable d’accompagner et d’intégrer ? Comment combattre ce refus de comprendre que les contributions des migrants pour nos sociétés vieillissantes peuvent être aussi utiles que multiples, sociales et financières, humaines et culturelles6? Cet étranger qui aspire à la liberté et une vie meilleure nous fait peur car il pointe notre incapacité à nous dépasser.
  2. Changer de regard sur la migration et les migrants. C’est bien là un des défis les plus importants des années à venir. Il s’agit bien d’accepter les migrants comme une chance pour nos sociétés. Il faut changer notre façon de voir la migration qui peut être envisagée comme une opportunité et non comme un danger. Ne faisons pas le choix du repli, mais osons la rencontre et le risque de la complexité. Cultivons cette espérance, cette confiance raisonnable loin du communautarisme
  3. Notre responsabilité … est de témoigner des réalités humaines qui sont trop souvent occultées par ce débat complexe et complexifié à l’envi par des enjeux politiciens. Nos sociétés et nos dirigeants politiques ne pourront pas fuir plus longtemps ces réalités. C’est tout l’objectif de ce numéro que de participer à ce débat public, depuis notre place d’acteur de la société civile, mais avec la force de celui qui affronte au quotidien la réalité, le regard ou la demande de ce « migrant indésirable ». Alors, peut-être, réalisera-t-on qu’il incarne au plus près ce personnage que toute la société appelle de ses vœux tout en ignorant qu’elle l’a sous les yeux : un citoyen du monde.’’

Une théorie de poètes, luth en bandoulière, se joint à la discussion et certains déclament :

Etranges étrangers

… Étranges étrangers Vous êtes de la ville vous êtes de sa vie même si mal en vivez, même si vous en mourez. Jacques Prévert

J’arrive où je suis étranger

… Rien n’est précaire comme vivre

Rien comme être n’est passager

C’est un peu fondre comme le givre

Et pour le vent être léger

 

J’arrive où je suis étranger. Louis Aragon

Simple tweet

‘’2015 fut aussi l’année de la crise humanitaire,

de ces gens qui se jettent sur les routes qui mènent au monde

pour fuir la guerre.’’ Christiane Taubira

L’étranger

… J’écoute en moi pleurer un étranger sublime

Qui m’a toujours caché sa patrie et son nom. Sully Prudhomme.

Chanson pour l’Auvergnat

… Elle est à toi cette chanson

Toi l’étranger qui sans façon

D’un air malheureux m’as souri

Lorsque les gendarmes l’ont pris

Toi qui n’as pas applaudi quand

Les croquantes et les croquants

Tous les gens bien intentionnés

Riaient de me voir emmener

Ce n’était rien qu’un peu de miel

Mais il m’avait chauffé le corps

Et dans mon âme il brûler encore

A la manièr’ d’un grand soleil

Toi l’étranger quand tu mourras

Quand le croqu’mort t’emportera

Qu’il te conduise à travers ciel

Au père éternel. Georges Brassens

En dépit de mes cheveux blonds

Mes frères

En dépit de mes cheveux blonds

Je suis Asiatique.

En dépit de mes yeux bleus

Je suis Africain.

Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied

Tout comme les vôtres, là-bas.

Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion. Et les dragons sont couchés devant les fontaines Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine Tout comme chez vous là-bas.

En dépit de mes cheveux blonds

Je suis Asiatique.

En dépit de mes yeux bleus

Je suis Africain.

Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire ni écrire

Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons.

Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux

Tout comme chez vous, là-bas.

Nazim Hikmet

Exil

… Etranger, sur toutes les grèves de ce monde, sans audience ni témoin, porte à l’oreille du Ponant une conque sans mémoire :

Hôte précaire à la lisière de nos villes, tu ne franchiras point le seuil des Lloyds, où ta parole n’a point cours et ton or est sans titre…

’’J’habiterai mon nom’’, fut ta réponse aux questionnaires du port. Et sur les tables du changeur, tu n’as rien que de trouble à produire,

Comme ces grandes monnaies de fer exhumées par la foudre.

Saint-John Perse

Les poètes ont dit leurs mots. Arrive mo’ le griot qui parle ainsi :

Pantone hominae

Pourrais-je seulement compter le nombre de fois où j’ai eu la chance et l’honneur insigne de me voir accepté par les autres, tous les autres, ayant eu l’immense mérite d’avoir présenté à leur vue une carnation de nuance 57-6 C tout à fait à leur goût ? Ma langue ? Ma culture ? Mon savoir ? Foin de tout cela ! Seule m’avait valu leur précieuse sympathie ce numéro du Pantone Hominae de Dame Angelica DASS, photographe brésilienne qui s’amuse à répertorier les nuances colorimétriques de la peau humaine. (6). Des chiffres quelque peu différents auraient fait de moi

Regarde-bien, petit, regarde, Jacques Brel

Pour avoir le privilège d’être parmi vous, bien avant de naître, j’ai entrepris un interminable voyage qui m’a conduit de l’Asie Mineure jusqu’à l’Empire du Soleil Couchant. J’ai lézardé sur les côtes de la Méditerranée, ‘’nombril des races claires’’, comme la nommait joliment Léopold Sedar Senghor (7) et après quelques divagations nord-africaines erratiques, je suis arrivé ici et j’ai choisi de naître sur un haut-plateau magnifique, au pied du Bou Iblane. Je suis un migrant et mille de mes signes le prouvent à ce jour. La bêtise humaine me l’a quelquefois, rarement je l’avoue, rappelé. J’en ai gardé le rire de Démocrite.

L’étranger de Robert Malleron, par Damia, 1937

 Moi l’étranger, par nature jamais agressif mais toujours sur mes gardes, j’ai mérité de temps à autre des compliments et même si je n’ai pas trace d’or dans les cheveux, certaines belles n’ont pas été avares avec moi. Je jouis donc d’une splendide collection de belles étiquettes, accolées à mon front en diverses occasions et souvent sans raison particulière : J’ai été grand comme un de tel groupe, charitable comme un de telle région et intelligent comme un de telle chapelle … J’ai été supposé originaire de mille pays différents et ma foi, jamais je ne m’en suis offusqué !

http://www.lejourduseigneur.com/layout/set/playerEmbed?videoId=18030

Pour clore, peut-être n’est-il pas inutile d’apprendre à ceux qui ne le connaissent pas, le concept de bouc émissaire :

’’Un homme est appelé bouc émissaire dans la mesure où il est chargé des fautes d’autrui, sans qu’il soit fait appel à la Justice, sans qu’il puisse présenter sa défense et sans qu’il ait été légitimement condamné.

La tradition du bouc émissaire est quasi universelle ; elle se retrouve dans tous les continents et s’étend jusqu’au Japon. Elle représente cette tendance profonde de l’homme à projeter sa propre culpabilité sur un autre et à satisfaire ainsi sa propre conscience, qui a toujours besoin d’un responsable, d’un châtiment, d’une victime.’’ (8)

Les étrangers de Charles Baudelaire, par Léo Ferré

 … A ce qu’il appert, les progrès de l’homme ne sont guère impressionnants, malgré le temps et c’est le moins que l’on puisse dire…

mo’

Notes et références :

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tranger
  2. L’étranger – Dictionnaire des symboles, Jean chevalier & Alain Gheerbrant , Bouquins, Robert Laffont/Jupiter
  3. Lire la suite effarante de cet article ici : http://www.voltairenet.org/article188608.html  
  4. D’après : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9portation
  5. Lire l’intégralité de l’article ici: http://humanitaire.revues.org/1398
  6. Hominae Angelica Dass http://www.angelicadass.com/humanae-work-in-progress/
  7. Méditerranée, L.S. Senghor, 1938
  8. Bouc émissaire – Dictionnaire des Symboles – Dictionnaire des symboles, Jean chevalier & Alain Gheerbrant , Bouquins, Robert Laffont/Jupiter
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